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Au-delà du tachisme

(préface à un ouvrage sur Georges Mathieu)

Qu’est-ce que l’Histoire ? Les événements d’un temps teintés aux nuances du conteur. C’est ainsi que Mathieu présente l’historique du mouvement de la peinture après-guerre. Le point de vue personnel ne devrait toutefois pas souffrir d’omissions qui sont une entrave à la vérité des faits. Les empreintes dont le promoteur est Yves Klein ne sont nullement mentionnées, qui décèlent et s’apparentent à la préhistoire d’un futur et attestent la présence émouvante de la conscience de l’être, et par lequel le vide intérieur qui précède la création a été mis en lumière. Alors que la peinture de Mathieu témoigne d’un élan de visionnaire d’une certaine pureté, son livre semble entaché de tout ce qui est entrave à cet élan. Quoi qu’il en soit, l’ouvrage est un témoignage intéressant. On y sent l’inquiétude du peintre qui appelle l’incarnation des signes transmis par l’instant, un étrange besoin de communion qui motive ses manifestations en public à la manière d’un acteur. C’est tout une « attitude mentale du droit à l’improvisation », c’est-à-dire du rapport au cosmique qui peut être atteint par la vitesse de l’évasion, avec tout le risque que cela comporte : « des milliers d’années à l’instant pur » ! Le rapprochement de la spontanéité des calligraphes d’Extrême-Orient révèle une autre phase des liens profonds qui resurgissent entre l’Orient et l’Occident. Les moyens d’accès à la préhension de l’univers ne sont plus seulement donnés par la raison, les sens. L’espace amorphe cher à notre temps s’enfle du désir de créer, et l’erreur,- la tache,- n’est-elle pas le ferment de l’éternité de la vie vers l’au-delà du tachisme bien sûr.
VALEUR : Ce livre est écrit dans le but de justifier la position de l’artiste et sa mise en valeur. Ce besoin de justification ne comporte-t-il pas un doute ? Nécessaire à toute réalisation humaine pour franchir le pas vers l’immatériel, que Mathieu appuie sur la poétique du sculpteur Nevelson, et dont il découvre la puissance d’expression en des « riens » assemblé en un Tout.

Marie Raymond

À la rencontre du réel

Si du magma originel jaillit l’Univers qu’il contenait en puissance. Si la structure permit la différenciation des germes, et l’élaboration du Devenir. Si, depuis l’atome au macrocosme, Tout est construit, ordonné, combiné, tel l’ordinateur qui contient et développe les miriades (sic) de combinaisons, le film intégral d’une pensée première.

La goutte d’eau, la perle, l’interrogation à l’informel immatériel distillent et percent le secret. Tout et rien se confondent et une image naît.

La fameuse histoire de l’œuf et de la poule se renouvelle sans cesse avec la même interrogation d’Ere en re telles les vagues qui se recouvrent l’une l’autre selon l’attraction lunaire. Les gouttelettes éclatent puis reviennent à la masse. La mer est à la fois réalité, vie et mystère. Elle est un monde en soi qui occupe la plus grande partie du globe terrestre qui possède ses lois et emporte nos rêves. N’est-ce pas cette sorte de rêve qui se manifeste dans l’art de tous les temps et son accord –tantôt l’être plane dans ses origines – tantôt il s’accorde - tantôt il se désaccorde et s’étale afin de réformer sa vision et la confronter au Tout dont il est issu.

Un tableau, une œuvre d’art porte l’empreinte d’une époque, d’une tranche du temps, afin de permettre son insertion dans le courant sans fin. Il devient un objet fini qui contient à la fois comme chaque être, comme chaque chose créée la forme de sa vision et son rapport au temps. Ainsi se délimitent les différentes civilisations- points de repère de l’Espace parcouru. L’humanité ayant ainsi traduit par ses œuvres la trace des pensées. Il serait possible de détecter trace par trace ce qui a motivé l’humanité dans ses sensations, visions, organisation…

Si au XVIIe siècle par exemple la recherche du clair obscur a hanté l’imagination et permis de donner comme un calque la conception du monde à cette époque, c’est grâce à Rembrandt d’une part et à Vermeer d’autre part. Qu’il nous est permis de revivre les pensées de ce temps. Un sommet dans l’histoire de la réalité quotidienne atteignent une perfection que Vermeer a démontré par l’insertion du geste quotidien « la dentellière », « la lettre »- dans le puzzle du temps. La réalité colle au temps et à l’Espace – un tout idéal. Rembrandt, par sa technique clair-obscur, donne de cette époque une vision de la lumière qui indifféremment se pose sur les êtres ou sur les choses ça et là selon le caprice de son mouvement (hasard, nécessité). La structure de la société est à cette époque divisée en la masse du peuple et les seigneurs. Un être semblable aux autres est mis en lumière tandis que la masse demeure dans l’ombre de l’inconnu. Les pensées de ce grand peintre par l’organisation du tableau et les sujets qu’il traite, la mise au point des pensées et de son ordre social. Chaque tableau est un problème et une réalisation d’une perfection parfaite. « La leçon d’anatomie », « La fiancée juive » ; « La ronde de nuit » commandée par une société dont le but de faire connaître au monde les puissants et qui par sa technique et son génie a mis en lumière l’homme au tambour et délaissé dans l’ombre les sociétaux vaniteux, ce qui a valu la déconsidération du peintre et son exil de la société du moment au bénéfice des idées exprimées.

On pourrait ainsi de chaque époque distiller les secrets. À l’époque de la Révolution, l’action ne permet pas de déceler l’état intérieur encore empreint des structures du passé, d’autant que l’Empire avec Napoléon submerge et réintègre les forces du passé. Mais ce que la Révolution a ouvert c’est la grande époque unique dans l’histoire de la science et ses découvertes immenses qui bouleversent l’humanité et rendent possible sa libération. Les impressionnistes représentent dans l’histoire la mise en lumière de tous les êtres. Tout est transparent, individualisé, les touches de peinture, tels les individus, sont séparées et unies par l’optique, les lois de la lumière qui a besoin d’espace et de distance pour opérer la fusion en un Tout de chaque Etre, de chaque instant.

L’appel de la couleur, de la masse qu’il représente constitue une force. Chaque masse constitue une force – et nous voilà au XXe siècle. La pensée a trouvé un autre maître qui le domine, c’est l’industrie qui, pour le libérer, l’asservit et l’entraîne comme une vague de fond. La vague de la recherche qui tend à l’instaurer par l’élan cosmique, risque de l’annihiler.

Parallèlement aux Impressionnistes, Cézanne –dont la structuration naissante tente d’accorder l’Etre à l’Espace- puis grâce à la découverte de l’Art nègre, le cubisme tente de séparer et d’organiser en démontrant l’interpénétration, la quatrième dimension qui dérange l’insertion des formes. Ce temps qui dissèque et qui tue les formes et les êtres et dont la présence constante dérange le bonheur tranquille.

La vision de l’infini d’Yves Klein s’oppose au matérialisme envahissant. L’Espace est ouvert à la pensée et tente de tuer et tue. Le lien à l’infini n’abrège-t-il pas les formes créées par la vie ? La beauté nous entoure comme une tentation. Faut-il la fuir ou s’y attarder ? Le « Stop » d’Yves Klein contient aussi l’élan (monochrome), le mouvement, l’accord avec la matière et l’organisation : Le réel et l’irréel.

De même qu’au XVIIe siècle le mouvement de la pensée est double comme tout être est double. À la suite de Cézanne qui déjà cherche la construction, sépare les couleurs chaudes des couleurs froides, tente de réaliser ce bonheur tranquille exprimé par Vermeer « Les Abstraits » s’attachent à la construction du tableau, à l’organisation stricte- constructivisme- mais là de nouveau on ne peut tenir en laisse le sentiment, l’envol de l’âme. Chaque période a ses mille facettes. Ainsi l’abstraction, la réglementation ne pourrait-elle mener au fantastique, aux grands mythes maîtrisés, selon la leçon des Anciens Grecs.

Si chaque période de pensées efface l’autre, la précédente, pour la marche du temps comme pour la marche de l’être, un pas à droite, un pas à gauche ne maintiennent-ils pas l’équilibre ? Tel le temps, l’informel efface les pas et forme le miroir, le monochrome miroir du temps dans lequel se reflètera le plus profond désir des êtres au-delà d’eux-mêmes.

L’abstraction permet d’ordonner, de conduire à l’orthogonale trame du monde qui la relie au Cosmos. N’y a-il pas d’une part les effluves cosmiques qui pénètrent et stimulant les sentiments et d’autre part l’insertion de l’être dans le puzzle du temps.

L’Effacement par l’informel. L’Erreur symbolisée par la tache « tachisme », l’erreur, la tâche ne permettent-elles pas le renouvellement dans l’histoire des faits qui s’y inscrivent. Le conceptuel permet l’idée, la pensée qui perce. Le surréalisme grâce à la poésie, compare et insère le rêve. Mais le rêve, la tache, l’organisation, la structure, l’effacement du passé de l’informel, le lyrisme lié au cosmique. Tant d’autres formes d’investigation ne constituent-elles pas les milles facettes qui, l’une après l’autre et tour à tour, projettent leur flash sur la réalité du temps vécu, toujours imparfait, toujours stimulé, recommencé, pour tenter d’arracher au temps qui passe, pour dire aux autres les pensées des chacun, pour unir l’invisible au visible, fragment par fragment, en cherchant inlassablement la maîtrise du tout.

Une idée m’est venue ! L’expression féminine ne serait-elle pas axée vers la vie, l’accord avec les êtres et les choses exprimées jadis par Vermeer ?

Le masculin, tel le temps, ne serait-il pas celui qui tranche pour composer ? L’état féminin, celui qui prolonge la vie par la durée ? De tout temps, la femme tisse et brode et peint, et protège la progéniture, prolonge la vie. L’homme, par la guerre, dans le but de la conquête et de l’élargissement, donne l’élan. Ce double état de l’humanité par l’accord et le désaccord, transcende le temps vers l’égalisation de leurs forces, dans lesquelles la fugace et déjà irréelle réalité aura laissé son empreinte. Mais ne tendent-ils pas l’un et l’autre à interférer leurs tendances initiales vers un équilibre de leurs qualités innées vers l’Androgyne réalité d’un Futur ?

Marie Raymond

yvesklein.com - rotraut.com